Alerte à la pandémie actuellement en vigueur: le trouble de l’irresponsabilité sociale et environnementale

En tant que Doc socio, nous avons le devoir d’informer la population lorsqu’une pandémie associée à un trouble social se répand. Il nous apparaît donc primordial d’alerter nos lecteurs qu’il existe une réelle menace concernant l’avenir de l’humanité.

Soyez alertes! Observez-vous et portez une attention particulière dans les prochaines semaines aux comportements de vos proches.

Si les signes et symptômes de ce trouble se manifestent, ne prenez pas de chance et consultez un médecin. Il en va de la santé de tous.

Trouble de l’Irresponsabilité Sociale et Environnementale (TISE)

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Définition du trouble

L’irresponsabilité sociale et environnementale est un trouble cognitif qui amène l’individu à se dissocier des risques de ses actions, des décisions politiques et de la production industrielle. L’individu est convaincu de faire partie d’un système sur lequel il n’a pas de contrôle et dans lequel il est interchangeable. L’individu développe donc de multiples stratégies d’évitement afin de se déresponsabiliser individuellement et collectivement.

Origine du trouble

Ironiquement, ce trouble prend racine à l’époque moderne au moment même de la naissance de la citoyenneté et de l’apparition des démocraties occidentales. Dieu est mort. C’est maintenant aux citoyens de prendre en charge leur devenir politique et d’intervenir sur la nature. Étant donné que l’humain et la nature ne sont plus déterminés par une force extérieure, l’individu peut utiliser la nature à des fins de progrès, de développement et d’émancipation collective. Le monde se désenchante. Il est possible de calculer, de contrôler et de créer la nature par l’entremise de la science et de la technologie. C’est pourquoi, durant les trente glorieuses, un vent d’optimisme semble souffler sur nos sociétés occidentales. C’est le rêve de la société de loisirs et de bien-être.

L’idylle est cependant de courte durée.

Dès 1972, le Club de Rome, un regroupement de scientifiques, est l’un des premiers à nommer les limites de la croissance et les risques inhérents à la société capitaliste industrielle. C’est l’éveil écologique. Le citoyen prend conscience que les ressources naturelles, dont principalement le pétrole, sont épuisables et que les industries produisent des effets sur l’environnement. C’est cependant en 1986, année de l’explosion nucléaire de Tchernobyl, que sonne le glas du dogme de l’optimisme technologique. Cet accident démontre que les industries peuvent créer des désastres écologiques à grande échelle et ce d’une manière irréversible.

Force est de constater que l’individu-moderne-citoyen-émancipé de la modernité avancée produit lui-même les dangers et les risques auxquels il doit faire face. Ce n’est plus la nature ou Dieu qui sont responsables des vicissitudes (sècheresses, animaux et insectes nuisibles, maladies infectieuses, etc.) mais l’humain qui les crée par l’industrie et le développement économique (pluies acides, pollutions, explosions nucléaires, déversements pétroliers, réchauffement climatique, Organisme Génétiquement Modifié, etc).

Au Canada et au Québec, l’alerte scientifique contribue à l’apparition de groupes environnementaux tels que Greenpeace et les Amis de la terre. Ces groupes vulgarisent les discours scientifiques et participent à la diffusion médiatique des problèmes environnementaux. Les valeurs liées à l’environnement s’institutionnalisent. Dans les années 1980, c’est, entre autres, l’apparition du fameux bac vert dans nos écoles, des règlements concernant la gestion des déchets industriels et des amendes remises aux citoyens jetant des papiers sur la place publique. Nous pourrions penser que l’individu-moderne-citoyen-émancipé redevient individu-moderne-citoyen-émancipé-responsable en prenant en charge collectivement les risques environnementaux qui, rappelons-le, sont sa création. Ce serait alors omettre de parler d’une réalité matérielle historique importante : le triomphe de l’idéologie néolibérale et son corolaire, la mondialisation économique.

Dans les années 1990, des accords de libre échange se mettent en place et les multinationales deviennent plus puissantes que les États nations. Conséquemment, nous assistons à une vague de dérèglementations et à une croissance industrielle exponentielle sans frontières. Ce qui veut dire que l’individu-moderne-citoyen-émancipé-responsable a beau élire démocratiquement un gouvernement ou faire pression sur celui-ci par le biais de mouvements sociaux, il n’en reste pas moins, que ce sont les industries multinationales qui, au nom de leur droit au profit et de la création d’emplois, contrôlent et créent réellement la nature. C’est ce qu’on appelle le « déficit démocratique ».

L’individu-moderne-citoyen-émancipé se voit dépossédé de la nature ainsi que des finalités de la science et de la technologie. Celles-ci ne sont plus au service de l’émancipation citoyenne mais servent les intérêts des actionnaires industriels. L’individu-moderne-plus-vraiment-citoyen-plus-vraiment-émancipé ne décide plus des orientations collectives. Il est invité, en tant que travailleur et consommateur, à participer à la productivité du développement économique et même, à défendre celui-ci afin de conserver son emploi et son accès à la consommation.

Par les médias, l’individu-moderne-plus-vraiment-citoyen-plus-vraiment-émancipé devient aussi spectateur des débats, ou des pseudos débats, scientifiques, ou pseudo-scientifiques, concernant les réels enjeux environnementaux. Face à la multiplication des discours « scientifiques » instrumentalisés par les différents acteurs sociaux (groupes environnementaux, partis politiques, mulitinationales, lobbys, éditorialistes etc.) comment l’individu-moderne-plus-vraiment-citoyen-plus-vraiment-émancipé peut s’assurer de détenir la bonne information afin de prendre une décision éclairée? Après tout, est-ce que le réchauffement climatique existe vraiment? Y-a-t-il des risques reliés aux OGM? Est-ce que les bélugas sont en sécurité si un Pipeline traverse le fleuve St-Laurent?

Dans ce contexte de déficit démocratique et d’incertitudes scientifiques, l’individu-moderne-plus-vraiment-citoyen-plus-vraiment-émancipé a tendance à se replier sur lui-même et à se concentrer sur sa réalisation de soi et son bonheur individuel, seuls éléments sur lesquels il a l’impression d’avoir réellement du pouvoir. Par la montée populaire de l’empowerment et de la pensée « positive », il en vient à entonner des mantras gandhiens tels que « le véritable changement part de soi », « je suis responsable des limites que je me fixe », « je peux être ce que je veux, il suffit d’y croire » etc.

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C’est ainsi que l’individu-moderne-plus-vraiment-citoyen-plus-vraiment-émancipé n’est plus-vraiment-responsable et que le trouble de l’irresponsabilité sociale et environnementale devient pandémique. Afin de pouvoir continuer à vivre tout en se déresponsabilisant, l’humain met en place individuellement ou collectivement des stratégies d’évitement.

 

Stratégies individuelles d’évitement (SIE TISE)

Cynisme ambiant:

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État d’esprit qui consiste à considérer que toute forme d’entreprise de changement social est vouée à l’échec, que l’exercice politique est un cirque, que les acteurs politiques et les acteurs de changement social sont des êtres corrompus qui ne pourront que reproduire le système en place de toute façon. Alors aussi bien prendre les choses avec légèreté et se divertir avec la société du spectacle.

 

Signes et symptômes du cynisme ambiant :

Le premier signe est lorsque l’individu se met à dire « Moi, la politique ça ne m’intéresse pas ». Il peut souvent être accompagné de manifestations suivantes :

  • Faire du « trolling » sur les statuts Facebook à caractère politique.
  • Écrire dans ses statuts Facebook ou dans des commentaires « Y m’énarve ».
  • Avoir voté plus souvent pour une émission de téléréalité comme « La voix » que dans une urne électorale.
  • Partager des memes de Justin Trudeau en pectoraux.
  • Participer à des quiz afin de savoir quels personnages d’Harry Potter nous sommes ou des sondages pour savoir dans quel sens mettons-nous le rouleau papier de toilette.
  • S’acheter un chandail YOLO
  • Rire des manifestants qui se font poivrer en disant « C’est à eux de ne pas aller manifester, moi je suis au restaurant présentement et le seul poivre que j’ai est celui que je mets dans mon spaghetti lol ».

 

Rationalisation de soi et aveuglement volontaire:

danger-mensonge-aveuglement_article_largeLa rationalisation de soi est l’art de déformer un comportement irresponsable afin de lui donner un sens et de le rendre cohérent avec le récit que l’individu se fait de lui-même. Combiné au cynisme ambiant, cette stratégie d’évitement se transforme en aveuglement volontaire de ses propres pratiques. Comme le dirait feu Ulrich Beck, l’individu agit ainsi en sa propre absence. Il agit physiquement mais sans agir moralement ou politiquement. L’être a donc une relation blanche avec son action. La rationalisation de son action dépend davantage d’un désir de réalisation de soi que des conséquences de cette action sur la réalité matérielle et sociale.

Signes et symptômes de la rationalisation de soi

  • Justifier un voyage dans un tout inclus par des arguments comme : « J’ai travaillé fort cette année, je mérite une pause » ou par « Si j’avais les moyens, je me paierais des vacances écotouristiques mais étant donné que j’ai un char et mon condo neuf à payer, je ne peux m’offrir que ce type de vacances ».
  • Justifier l’achat d’un repas chez McDonald par le fait que c’est du « confort food » et que cela nous rappelle notre enfance.
  • Justifier le fait de manger des fraises et/ou du foie gras à l’année parce que nous sommes des épicuriens.

 

Stratégies collectives d’évitement: (SCE TISE)

 

 Positivisme technologique

positivismetechnologiqueCette stratégie d’évitement collective consiste à considérer que la science et la technologie vont avoir réponse aux risques environnementaux. Il n’est donc pas nécessaire d’être critique par rapport au système économique qui produit les risques, de revendiquer, de s’informer ou de modifier nos politiques. Mieux vaut investir, capitalisme vert oblige, dans les technologies et les recherches scientifiques qui développeront de nouveaux produits permettant de solutionner des problèmes sociaux et environnementaux.

Signes et symptômes du positivisme technologique

  • Subventionner une étude qui permet de prouver que de petites éruptions volcaniques pourraient ralentir les changements climatiques.
  • Démontrer dans un épisode de « Diego » qu’il est possible d’enrayer les conséquences d’un déversement pétrolier avec des splash de mains dans l’eau et une seule personne munie d’un aspirateur à pétrole.
  • Miser sur la voiture électrique comme réponse aux problématiques du transport.
  • Créer des hormones synthétiques pour les couples infertiles afin de contrer les dommages collatéraux des hormones synthétiques créés pour limiter la fécondité.

 

Capitalisme vert

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Suite aux nombreuses alertes scientifiques concernant la finitude des ressources énergétiques et à la critique issue du mouvement environnementaliste est apparu un discours proposant le verdissement de l’économie et des technologies. Les formes les plus connues de ce discours, le « développement durable » et la « croissance verte », ont été promulguées par des institutions internationales de prestige telles que l’OCDE, le PNUD, l’ONU et même l’OMC.

Dans les faits, la critique environnementale a permis aux entrepreneurs de développer de nouveaux marchés, de nouveaux produits et services « verts », « durables », leur permettant d’augmenter leurs productions et de séduire de nouvelles clientèles cibles tels les bobos qui, sensibles à la critique environnementale, se gargarisent dans leur individualisme expressif en achetant des marchandises et technologies « éco-bio-vert-écolo » leur permettant ainsi de rationaliser davantage leur consommation. La stratégie d’évitement provient du fait que ce discours oblitère de remettre en question le système économique et ses fondements : la croissance et le développement productiviste. Il s’agit d’une fuite vers l’avant des responsabilités collectives, un « donnez au suivant » aux générations futures des problèmes occasionnés par le développement de produits qui n’ont souvent plus rien de durables sauf leur « label ».

Signes et symptômes du capitalisme vert

Désinformation

media-3Les discours se multiplient sur la place publique. Le développement des transports et des communications ont décuplé la vitesse à laquelle l’information circule et surtout, la quantité d’informations disponibles. Nous pourrions croire que l’individu-moderne-plus-vraiment-citoyen-plus-vraiment-émancipé-plus-vraiment-responsable est, au moins, informé et comprend en profondeur les enjeux sociaux et environnementaux qui l’entoure. Nous pourrions également penser que son irresponsabilité provient d’un choix informé. Ce serait cependant ignorer le fait que pour pouvoir sélectionner, comprendre et utiliser de manière réfléchie cette mer d’informations,  l’individu doit posséder des clés de compréhension et des informations préalables. Il est impossible de s’improviser expert d’un sujet en quelques clics.

Prenons un citoyen qui s’intéresse aux changements climatique. Une simple recherche sur Google peut semer la confusion dans son esprit par la présence d’informations contradictoires. Par exemple, le citoyen pourrait visionner des vidéos sur youtube allant de David Suzuki, scientifique et activiste écologique, qui souligne les dangers des changements climatiques à Jim Inhofe, président républicain de la commission du sénat des États-Unis, chargé de l’environnement et auteur du livre : Le plus grand des canulars : comment la conspiration du réchauffement climatique menace notre futur, brandissant une boule de neige devant le sénat, prouvant ainsi que la terre ne se réchauffe pas.

La désinformation ne se résume pas seulement à la multiplication des informations, elle concerne aussi les propos mensongers, la fabrication de semi-vérités et bien entendu la manipulation lexicale. Le choix des mots n’est pas anodin. A titre d’exemple, lorsque les élus et les journalistes qui leur font écho choisissent d’utiliser le terme « boycott » au lieu de « grève étudiante » ce n’est pas simplement une bataille linguistique et juridique qui prend place sur la place publique, mais une question idéologique de définition de la réalité.

Nommer les choses, c’est les faire exister.

En fait, le « boycott » réduit le droit et l’accessibilité à l’éducation à une question de consommation individuelle, l’école étant vu comme un produit. Le « boycott » remet aux poubelles de l’histoire le droit collectif à l’éducation et le rôle des luttes étudiantes dans les changements sociaux. Il dénigre de plus, ceux et celles qui tentent de se responsabiliser collectivement et donc d’enrayer la pandémie du TISE.

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Pour sélectionner et comprendre les informations, le citoyen doit maitriser des connaissances historiques, géographiques, linguistiques, politiques, économiques et scientifiques complexes. Or, paradoxalement dans notre société occidentale l’érudit ou l’intellectuel sont des figures dévalorisées. Dans les médias, elles sont associées aux « pelleteux de nuages » ou à des gens dangereux dont il faut se méfier. Au fond, c’est le « gros bon sens » qui triomphe, c’est-à-dire ce que monsieur madame tout-le-monde ressentent à l’intérieur d’eux-mêmes et qu’ils ont vus à la télévision.

Cette stratégie d’évitement collective s’avère être un cercle vicieux puisque moins le citoyen est informé, moins il réalise la petitesse de son savoir, moins il est prudent et critique dans l’utilisation de celui-ci et moins il agit de manière responsable plus il contamine les autres autour de lui du TISE.  L’individu-moderne-plus-vraiment-citoyen-plus-vraiment-émancipé-plus-vraiment-responsable n’est donc plus vraiment informé.

Signes et symptômes de la désinformation

  • Utiliser l’expression « rigueur budgétaire » au lieu « d’austérité ».
  • Utiliser des firmes de communication pour rédiger des discours d’élus.
  • La convergence médiatique qui amène une uniformisation des articles qui sont dans l’actualité.
  • Un maire qui affirme que les intellectuels et les environnementalistes nuisent à l’économie.
  • L’existence de Radio X.
  • La dévalorisation des connaissances générales (sciences humaines, littérature, philosophie…) au profit d’une vision utilitariste de l’éducation et son arrimage au marché du travail.
  • Associer systématiquement la contestation sociale à la violence, la radicalisation et à l’insécurité.
  • Nous cherchons d’autres exemples de symptômes à saveur humoristique mais force nous est de constater que la désinformation et le TISE ne nous font pas rire surtout si nous projetons un futur hypothétique calqué sur le film « Idiocracy » où la population ne comprend pas le fait qu’aucune végétation ne pousse alors qu’elle utilise du Brawndo (genre de Gatorade) pour arroser les champs.

Une histoire de Noël

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En tant que parents et sociologues nous sommes confrontés à un grand dilemme à Noël. Devrait-on dire à notre enfant que les cadeaux sous le sapin ont été déposés par le Père Noël? À l’approche de Noël, nous vous invitons à partager nos délires et réflexions à ce sujet. Nous vous le promettons, notre discussion s’amorcera en douceur. Cependant, nous vous avertissons, la finale risque d’être « trash ». Les âmes vierges ne voulant pas remettre en question le sacré de Noël sont donc priées de s’abstenir de lire notre billet.

Puisqu’il offre des cadeaux, nous pourrions dire que le Père Noël a pour fonction sociale de renforcer les liens et de pacifier les rapports sociaux.

Bon, vous sortez vos grands mots de sociologues…

Oui, et en plus, attention, on va faire du « name dropping ».

Permettons-nous de reprendre la thèse célèbre du don/contre-don de Marcel Mauss. Celui-ci observe que dans toutes les sociétés où existe la propriété privée, il y a une dynamique liée au don. Lorsque l’on reçoit un cadeau (c’est le don), nous sommes liés à la personne qui nous a donné ce cadeau et nous sentons, en retour, le besoin de faire un cadeau d’une valeur semblable (c’est le contre-don). Cette dynamique solidifie les liens sociaux créant des « contrats » entre les personnes qui s’offrent des cadeaux.

Un peu comme les enveloppes brunes du parti libéral!?

Euh…oui si vous voulez. En fait, offrir un cadeau est un geste pacifique. Il a comme objectif de faire plaisir à la personne qui recevra le cadeau (c’est pas toujours réussi mais ça, c’est une autre histoire!! Nous avons tous plusieurs souvenirs  de pantoufles en phentex et de chandails horribles qui nous hantent). Notez ici qu’une personne étant soupçonnée de nous avoir offert un cadeau « cheap » annule immédiatement le contrat du don/contre-don . Ceci dit, cette règle est de nous. Mauss n’a jamais parlé de cadeau« cheap ».

Mais là, c’est le Père-Noël qui offre des cadeaux! Il me semble que les enfants ne sentent pas qu’ils doivent lui offrir un cadeau en échange!

Ce serait, selon Jacques Godbout (Bam! Un autre nom qui vient de tomber), une des fonctions du Père Noël. Ce dernier libère notre enfant de la dynamique du don/ contre-don. Comme les cadeaux proviennent du Père Noël, l’enfant ne ressent pas le besoin d’offrir un cadeau de valeur semblable à celui-ci (sauf des biscuits et du lait : ce qui est plus comme un pourboire, pour boire ahahahahaha bon notre calembour est « cheap », nous en convenons, donc pas besoin de nous en faire un en retour).

Cependant, même si notre enfant ne donne pas de contre-don au Père Noël, est-ce qu’il est vraiment libre dans le principe contractuel? Ne doit-il pas offrir quelque chose en retour au Père Noël? Que doit-il faire pour s’assurer d’avoir des cadeaux?

 (Tous en cœur) Et bien il doit être sage voyons!!

Et oui, il doit avoir un bon comportement pour être sur la liste des enfants sages. Le Père Noël libère peut-être l’enfant de la logique du don contre-don mais il semble l’enfermer dans une autre logique. Une logique morale du bien et du mal. En tant que parents (honte à nous!), nous instrumentalisons le Père Noël comme moyen de pression sur l’enfant afin qu’il reste sage. Nous faisons ici l’hypothèse que le Père Noël est un outil de contrôle social qui permet d’inculquer et de maintenir des comportements moralement acceptables chez les enfants. Il est fréquent, surtout à partir du mois de novembre, d’entendre la fameuse phrase : «  Attention, si tu n’es pas sage, le Père Noël va le savoir et tu n’auras pas de cadeau. ».

À savoir si c’est un contrôle social efficace, ça resterait à vérifier. Il est rare de voir que des enfants n’ont réellement pas eu de cadeaux de Noël parce-qu’ils n’ont pas été sages (L’avez-vous déjà fait? Honte à vous encore dans ce cas! Parents indignes!). Le Père Noël, après tout, est un personnage généreux et bon enfant. Dans sa grande miséricorde, tout le monde obtient un cadeau.

Or, en participant au mythe du Père Noël, nous participons tous à l’uniformisation des comportements et à la socialisation de base à la société capitaliste parce que la récompense au bon comportement est, après tout, une marchandise. Le père Noel n’apprend-il pas aux enfants à devenir de bons consommateurs?

 Bon vous allez nous parler de Coca Cola et du pourquoi le Père Noël est rouge et blanc.

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Effectivement, Coca Cola a utilisé le personnage du Père Noël rouge et blanc comme outil de marketing et a participé à le diffuser massivement. Mais, malgré la légende urbaine, Coca Cola n’est pas à l’origine de l’image rouge et blanche du Père Noël. Bien d’autres compagnies en ont profité avant eux.

Outre le fait d’être un outil de marketing, une marchandise en soit, Le Père Noël est considéré comme un agent de socialisation important pour les enfants puisqu’il permet de les initier à des pratiques de base dans notre société capitaliste, comme la consommation. Non seulement cela, mais on pourrait même dire qu’il participe à la fétichisation de la marchandise.  En réalité, par qui sont fait les cadeaux?

Hum…pas par des lutins joyeux qui chantent.

Attention Attention ici, l’esprit de Noël se fracasse contre une vitrine de la rue Ste-Catherine!! Nous entrons dans le cœur de notre réflexion qui fait mal!!!!!

Les enfants qui demandent des cadeaux ne se rendent pas compte que, souvent, les cadeaux qu’ils reçoivent sont fabriqués par des travailleurs exploités, parfois même des enfants. Ou encore, que ces cadeaux sont vendus dans des magasins à rayons où les travailleurs, bien qu’occupant un poste à temps plein, doivent recevoir des paniers de Noël afin d’avoir un Noël décent. Au contraire, les enfants pensent que ce sont de joyeux lutins, bien traités, qui les fabriquent à l’aide de deux-trois coups de marteaux et d’une formule magique.

En fait, le mythe du Père Noël occulte la réalité de notre société de consommation. Il exerce une séparation entre le processus de production de la marchandise et ses conditions réelles de fabrication. Dans ce contexte, ni l’exploitant (l’enfant qui demande un cadeau pour Noël), ni l’exploité (l’enfant ou le travailleur qui fabrique ce cadeau dans des conditions d’exploitation) ne sont conscients de la position qu’ils occupent dans le rapport de production. On fétichise donc la marchandise en l’associant au bonheur, à l’euphorie (pensez aux éclats de rire d’un enfant qui déballe le cadeau tant attendu, pensez à son sourire éclatant) alors que la réalité de production de cette marchandise est loin de ces sentiments.

Bon prenez une respiration…Nous le savons, ça fait mal! Chantez trois « Jingle bells » et cela passera.

Ça pourrait être pire. Nous pourrions aussi vous parler des rennes du Père Noël qui transportent supposément les cadeaux. En apparence, c’est un transport tout ce qu’il y a de plus écologique. Alors que dans la réalité, le transport des marchandises, à l’aire de la mondialisation des marchés, est un énorme producteur de gaz à effet de serre. Ce transport nécessite, entre autres, des bateaux cargo utilisant du pétrole, pétrole qui dans son processus d’extraction ou de transport risque d’occasionner des déversement pétrolier, qui, à son tour, bouleverserait l’écosystème fragile faisant fondre la calotte glacière, noyant en bout de ligne les rennes et les lutins, laissant le Père Noël sans abri échoué sur une banquise à la dérive.

Ho! Ho! Ho! Joyeux Noël!!

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