Un enfant, un enfant ce n’est pas une raison pour se faire mal!

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Crédit photo: Jessy Luke

Dernièrement, nous avons reçu ce courrier d’une lectrice qui est présentement dans un processus de procréation assistée.  Nous vous arrêtons tout de suite avant que vous vous imaginiez assister en public à une scène sexuelle.  Si c’est ce qui vous intéresse, nous vous proposons un article brillant, complet et doté d’une touche d’humour savoureuse sur le fétichisme en trois temps ! Pour ce qui est de ce billet, calmez-vous les hormones et sachez que la procréation assistée n’a presque rien de sexuel.  En fait, il s’agit plutôt de la branche de la médecine qui assiste techniquement les couples ou les femmes seules qui veulent procréer et qui sont considérées physiquement ou socialement infertiles. Avant de pénétrer le sujet complètement, voici le courrier de notre lectrice.

Chères Doc socio,

Voici la raison de ma consultation.  Je suis une femme de 34 ans et je suis en couple avec une autre femme depuis 4 ans.   J’ai une carrière et mon couple est stable.  Nous sommes prêtes à avoir un enfant.  Il y a un an et demi, nous nous sommes donc dirigées dans une clinique de fertilité.  Après plusieurs essais en insémination avec stimulation ovarienne et donneur de sperme (dix, ce qui est au-dessus de la moyenne et entraîne un diagnostique d’infertilité inexpliquée), nous n’avions toujours pas de résultat positif.  

J’ai accepté de prendre des hormones pour améliorer mes chances mais après coup, nous avons réalisé que les hormones participaient à me rendre infertiles.  Le médecin m’a donc orienté vers la fécondation in vitro dite naturelle car je ne répondais pas bien à la stimulation ovarienne.  Même si le processus est considéré comme naturel, il faut prendre plusieurs hormones quelques jours avant la ponction de l’ovule, sans compter les multiples prises de sang et échographies intra-vaginales journalières pour observer l’évolution de l’ovule.  Comme il n’y avait qu’un ovule à ponctionner, l’intervention devait se faire à froid. Lorsqu’on m’a présenté les étapes de cette dernière, l’infirmière avait éludé la question de la douleur associée à la ponction. Quand j’ai mentionné mon inquiétude face à la douleur de l’intervention, l’infirmière m’a gentiment rappelé que c’était toujours moins douloureux qu’un accouchement.

Je suis entrée en contact avec des femmes qui avaient vécu la ponction ovarienne afin d’avoir plus d’informations.  J’ai ainsi appris que celle-ci peut être très très douloureuse. Dans mon cas, l’ovule prenait son temps et je devais prendre encore plus d’hormones.  J’ai très mal réagi à celles-ci.  Je ne pouvais plus manger et j’étais tellement étourdie que je peinais à sortir du lit.

Ma conjointe et moi, nous avons finalement abandonné le processus de FIV avant même la ponction d’ovule.  Les infirmières insistaient afin que nous poursuivions la FIV arguant qu’il ne me restait que peu de jours à subir ces effets secondaires et que cela pouvait mener à une grossesse mais je n’en pouvais plus. Aujourd’hui, je me sens coupable et en deuil.  Et toutes ces femmes qui y parviennent ?  Je manque de courage ?  Cet abandon est-il aussi l’abandon du projet d’avoir un enfant ?  Aidez-moi. 

 EX-FIVette

Bonjour Ex-FIVette,

Vous avez raison de nous écrire car vous n’êtes pas seule. Nous sommes et nous voulons tous et toutes nous fabriquer en série et parfois cette fabrication, surtout à l’ère de la culture moderno-occidentalo-post-industrialo-techniciste-capitaliste-programmée de la bébéologie, s’avère laborieuse et nécessite l’intervention d’ingénieurs spécialisés détenant un savoir technique et scientifique sur celle-ci. D’où la PMA, la Procréation Médicalement Assistée que l’on pourrait aussi appelée, selon votre courrier, la Pas Mal Amochée.

Vous n’êtes pas seule à être infertile

En fait, le phénomène d’infertilité est très fertile (selon l’Association des obstétriciens et gynécologues du Québec, au Canada, de 10% à 15% des couples sont infertiles. C’est donc dire que près d’un couple sur six connaîtra l’infertilité).

Qui plus est, l’étiquette d’infertilité dont vous avez été affublée est de plus en plus répandue.

Pour faire une histoire courte, sachez qu’actuellement, pour la médecine, il y a un diagnostic d’infertilité lorsqu’un couple n’a pas réussi à concevoir un enfant après un an de relations sexuelles régulières sans contraception. Au cas où un lecteur était en train de se dire : » Hey ça fait un an que j’ai des relations sexuelles sans contraceptions. J’ai la chlamydia, la gonorrhée, le sida mais toujours pas d’enfant. Est-ce que je suis infertile? » Rajoutons donc à cette définition l’élément qu’il faut que ces relations sexuelles aient eu lieu avec le même partenaire sexuel.

Dans votre cas Ex-FIVette,  nous espérons ne pas vous apprendre qu’avoir des relations sexuelles sans contraceptions, avec votre partenaire sexuelle, n’est pas la solution pour faire un enfant !   –  Pour les couples homosexuelles et les femmes seules, nous parlons plutôt à priori d’une infertilité sociologique qui peut se doubler d’un diagnostic d’infertilité biologique. Bref, beaucoup de hic.

Plusieurs facteurs sont avancés par les experts pour expliquer les hausses statistiques de l’infertilité: la pollution, la présence d’hormones dans l’eau et la nourriture, etc.  Les cliniques de fertilité expliquent surtout l’augmentation des couples infertiles par le fait que le désir d’avoir des enfants survient de plus en plus tard dans nos sociétés industrialisées. En effet, il semble que les couples attendent les conditions idéales afin de fomenter un projet d’enfant : former un couple stable, terminer les études et amorcer leur carrière respective. Ce déplacement du calendrier des naissances[1] engendre un paradoxe puisque de plus en plus de femmes veulent avoir des enfants vers l’âge de 30 ans alors que les dispositions biologiques à la reproduction déclinent à partir de ce même âge.

Tic tac tic tac tic tac TIC TAC TIC TAC

L’entendez-vous ce TIC TAC de l’horloge biologique ? Celle-là même qui accentue l’urgence de votre désir de vous reproduire et ce, que vous soyez en couple ou non?

Un enfant si je veux, quand je veuxhumpas tout le temps

« Il n’est plus question de se soumettre à « l’état de nature » : L’état normal pour un couple devient celui de la non-conception, et c’est la conception qui doit être décidée. » (Dayan, Trouvé; 2004; p.28)

Avoir un enfant n’est plus une fatalité relevant de la nature ni une obligation comme dans les sociétés traditionnelles.  Avec l’avènement de la contraception, la baisse de l’influence de l’Église, la libération de la femme et l’individualisme moderne, avoir un enfant est devenu un projet de réalisation de soi. Pour en savoir plus sur l’importance de la réalisation de soi dans notre société, vous pouvez consulter un billet brillant, complet et doté d’une touche d’humour savoureuse intitulé « Des pressions sur moi ». 

La dissociation entre la sexualité et le fait d’avoir un enfant amorcée par l’avènement des méthodes contraceptives efficaces et exacerbée par les techniques de reproduction médicalement assistées, laisse croire que la reproduction est parfaitement prévisible et contrôlable.  Elle devient un projet qu’il suffit de planifier et, surtout, qui est accessible à pratiquement tout le monde[2] y compris les individus ou couples qui ont des limites biologiques et/ou sociologiques.

Voici la raison de ma consultation.  Je suis une femme de 34 ans et je suis en couple avec une autre femme depuis 4 ans.   J’ai une carrière et mon couple est stable.  Nous sommes prêtes à avoir un enfant. 

À trente-quatre ans, alors que vous avez une stabilité amoureuse et professionnelle et que vous êtes à l’âge limite de votre déclin de fertilité, il est donc tout à fait normal pour vous de vouloir avoir un enfant dans les plus brefs délais.  Dans ce contexte, ne pas réussir à concevoir un enfant peut être vécu comme UN ECHEC (insérez ici un effet sonore d’écho caverneux) à votre projet de réalisation de soi. C’est à ce moment là qu’entre en jeu la médecine et les différents acteurs institutionnels de la PMA qui permettent aux couples et femmes seules de poursuivre ce projet afin d’atteindre LA RÉUSSITE (insérez ici un effet sonore de chants angéliques annonçant un miracle). 

Permettons-nous ici une petite digression. L’expression populaire « tomber enceinte » nous semble quelque peu vétuste. Nous proposons de la transformer en « réussir à être enceinte par choix ». 

Bienvenue dans la cour des miracles où les soutanes sont remplacées par des sarraus, les églises par des cliniques, les bancs de prières par des étriers et l’hostie par des « osties » d’hormones. Tout se passe comme si, faisant face aux limites de la nature et à l’impatience de réaliser son projet de soi ici et maintenant, la patiente s’en remet à l’autel de la science et de la médecine. Cette même médecine qui a étendu son champ d’expertise et d’influence dans tout un univers social. Ce phénomène se nomme la médicalisation du social. Pour en savoir davantage sur celui-ci, nous vous invitons à consulter le billet brillant, complet et doté d’une touche d’humour savoureuse intitulé « Le culte de la minceur un phénomène de taille« .

Aujourd’hui, je me sens coupable et en deuil.  Et toutes ces femmes qui y parviennent ?  Je manque de courage ?  Cet abandon est-il aussi l’abandon du projet d’avoir un enfant ?  Aidez-moi. 

Pourquoi vous vous sentez coupable?
La PMA: un processus dont vous êtes l’héroïne

La PMA recèle un rapport social inégalitaire, d’un côté les professionnels de la santé qui croient posséder les connaissances, les techniques et compétences afin de pouvoir intervenir dans votre désir d’enfant et de l’autre, vous, la patiente, profane, qui ne possède pas de telles connaissances. Ce qui vous oblige à vous en remettre à la médecine. Or, le discours tenu par les cliniques de fertilité tend à laisser l’autonomie aux patients et patientes en matière de décision.

Comment prendre des décisions aussi lourdes de conséquences sur votre santé en ne comprenant que quelques bribes de discours technico-scientifico-hyperspécialisés? Certes, vous pouvez tenter de maîtriser le langage et la vision techniciste de la PMA, l’intérioriser, discuter avec vos pairs sur des forums de discussion et vous « comprendre »:

 » Je suis au jour 9 post IAD et j’ai des pertes rougeâtres, est-ce que ce serait lié à la nidation qui a lieu entre le jour 5 et le jour 10 post IAD? « 
 » Je suis en FIV-Stim et j’ai pris du Gonal-F 300IU du jour 2 ou jour 6 de mon cycle et aujourd’hui, au jour 16, j’ai seulement quatre follicules de 15mm. Je désespère!! »
« Qui est-ce qui a fait une FIV-DO?  J’ai deux embryon stade quatre et un stade trois, est-ce que c’est normal que le transfert se fasse au jour 5 post-ponction? »

Malgré l’apparente maîtrise du langage scientifique, vous n’en serez pas plus des médecins. Par conséquent, votre compréhension ne peut demeurer que sommaire. Alors, comment les professionnels de la santé peuvent vous amener à faire des choix éclairés? Mise à part le vocabulaire technique, le langage commun entre vous et les médecins, ce sont les chiffres, les statistiques. En effet, les études faites sur la PMA démontrent que les statistiques jouent un rôle prépondérant dans la prise de décision des patients et patientes. C’est ce que la sociologue Doris Chateauneuf nomme la logique proposition-décision. Cette logique comporte deux pôles: le pôle proposition qui est attribué aux médecins, cliniciens et spécialistes, qui à la lumière de leurs connaissances, dressent un éventail de possibilités médicales qui s’offrent aux couples ainsi que le pôle décision où, dans le cas d’un couple, il s’agit de trouver un terrain d’entente sur une limite commune concernant les traitements (Jusqu’où irons-nous?).

Admettons que vous avez 34 ans et que le médecin vous propose des inséminations intra-utérines avec donneurs. Ce dernier vous dit que vous avez plus ou moins 12% de chances de réussite. Voulez-vous augmenter ce score à 20%? Et bien, vous pouvez stimuler votre corps avec ces « Brand  new hormones » qui vous permettront d’ovuler plus d’une ovule à la fois. Après six essais, vous avez 80% de chances de « réussir à être enceinte par choix » en plus de ce magnifique cadeau symbolique, soit l’impression d’être proactive dans votre projet de réalisation de soi et donc, dans votre désir d’enfant. Attention cependant!  Dans six mois, vous aurez 35 ans et vos statistiques changeront en conséquence. Pensez-y!

Tic tac tic tac tic tac TIC TAC TIC TAC

Vous décidez donc, car c’est vous qui prenez la décision dans ce processus dont vous êtes l’héroïne, de choisir l’option qui semble la plus efficiente, celle qui augmente votre score au palmarès de la fertilité: les hormones.

Imaginons maintenant qu’après ces six essais, le miracle se fait encore attendre. Que faites-vous? Vous retournez à la clinique. Le médecin ou la médecin vous conseille alors une autre sorte d’hormones qui vous permettront d’augmenter vos chances. Après dix essais, cela ne fonctionne toujours pas. C’est le moment, pour le ou la médecin de vous proposer la Fécondation In Vitro qui elle, vous aidera à atteindre le 30% de chances. Encore ici, il y la possibilité d’opter pour la FIV stimulée (avec hormones) et dans ce cas-là c’est près de 48% de chances que vous avez de tomber enceinte.

Alors que pour vous, patiente impatiente, votre objectif est, selon notre propre expression, de « réussir à être enceinte par choix » le plus rapidement possible en réalisant des choix pour améliorer vos statistiques, l’objectif des cliniques de fertilité est de traiter le plus grand nombre de patients, d’améliorer le taux de succès des techniques utilisées et donc, paradoxalement, leurs statistiques. Vous baignez donc dans un univers de chiffres et de statistiques.

Dans le temple de la fertilité, vous êtes une statistique

En clinique de fertilité, la relation médecin-patiente est loin d’être humaine. Les médecins sont dans une approche centrée sur le résultat et croient en leur science. Dans leur domaine, ils voient une multitude de cas parfois très lourds.  C’est pourquoi les études démontrent qu’une banalisation des procédures, examens et traitements de fertilité s’opère, surtout lorsqu’il y a un diagnostic d’infertilité inexpliquée (ce qui est votre cas).  Il y a une dissociation entre le processus de reproduction et toutes les autres dimensions de la vie de la patiente.  Les médecins vont proposer des traitements qui auront un impact dans la vie quotidienne des patientes sans mentionner, considérer ou souligner cet impact potentiel. Sont omis ici, par exemple, le fait que la PMA nécessite une gestion des absences au travail liée aux multiples rendez-vous médicaux (parce que vous avez attendu d’avoir une carrière avant de travailler à votre réussite d’avoir des enfants par choix), qu’elle occasionne parfois des problèmes de santé pour les patientes et qu’elle peut s’avérer très douloureuse comme vous nous l’avez exprimé.

Lorsqu’on m’a présenté les étapes de cette dernière, l’infirmière avait éludé la question de la douleur associée à la ponction. Quand j’ai mentionné mon inquiétude face à la douleur de l’intervention, l’infirmière m’a gentiment rappelé que c’était toujours moins douloureux qu’un accouchement. Je suis entré en contact avec des femmes qui l’avaient vécu afin d’avoir plus d’informations.  J’ai ainsi appris que la ponction peut être très très douloureuse. Dans mon cas, l’ovule prenait son temps et je devais donc prendre encore plus d’hormones.  J’ai très mal réagi à celles-ci.  Je ne pouvais plus manger et j’étais tellement étourdie que je peinais à sortir du lit.

Vous éprouvez des craintes? Votre vie sexuelle est bouleversée? Votre couple traverse des difficultés? Vous ne pouvez plus vous absenter du travail? Vous vivez difficilement les effets secondaires des hormones (troubles du sommeil, de l’appétit, constipation, anxiété, perte de libido, prise de poids…)? Vous avez envie de pleurer lorsque, pour la 10e fois, le test de grossesse est négatif et que vous entrez dans le bureau du médecin pour rejouer au jeu des propositions-décisions? Retenez-vos larmes et veuillez vous diriger dans le couloir B, à la deuxième porte à gauche pour le service psychologique.  N’oubliez pas cependant de prendre rendez-vous à la réception.

Cette situation peut apparaître tout à fait normale dans notre société industrielle où la bureaucratie, la division du travail social et l’approche biomédicale[3] sont acceptées et valorisées au nom de l’efficacité et de l’objectivité. Il n’en demeure pas moins que lorsqu’elle accompagne un acte doté d’une signification aussi humaine que celle que de reproduire l’espèce, la froideur et la distance peuvent être d’autant plus difficiles à soutenir, et ce, même si l’infirmière peut être « ben ben fine ».

Ce n’est donc pas nécessairement une question de courage ni une question de personnalité. Cela s’inscrit dans un système. Ceci dit, vous n’êtes pas la seule femme qui, devant la lourdeur de l’intervention de la FIV, décide de mettre un terme au processus.  Dans plusieurs études, on parle du « parcours de la combattante » pour faire référence aux démarches et interventions liées à celle-ci.  Au final et pour continuer à parler le langage statistique, sachez que seulement 24% des patientes qui s’engagent dans la FIV se rendent jusqu’à une grossesse (Chateauneuf; 2011).

Les professionnels de la santé ainsi que les patients et patientes semblent avoir une foi inébranlable en la médecine et le progrès, alors qu’il n’est aucunement prouvé que ceux-ci seront à la hauteur de leurs promesses.  Tout n’est que possibilités et calcul de ces possibilités. Outre les statistiques, le processus d’implantation de l’embryon demeure inexpliqué.  Il n’est pas certain que si vous aviez été au bout de la FIV, poursuivi votre souffrance physique, vous auriez obtenu le résultat escompté. Or, aucune  justification médicale aurait pu expliquer cet ÉCHEC (insérez ici un effet sonore écho caverneux). Qui plus est, le procédé de la FIV n’est peut-être pas le seul qui ferait de vous une mère. L’insémination intra-utérine sans hormones pourrait peut-être finalement porté fruit mais sur une plus longue période de temps. Ce qui, avouons-le, ne cadre pas dans votre TIC TAC TIC TAC ni dans les objectifs d’efficience de la clinique de fertilité.

Crédit photo: Jessy Luke

Crédit photo: Jessy Luke

L’infertilité: un risque scientifique

Vous voilà à faire confiance en des techniques pour lesquelles la science montre des défaillances en matière de maîtrise de la nature. Ceci illustre parfaitement la théorie de la société du risque développée par le sociologue Ulrich Beck selon laquelle le risque provenant jadis de la nature (dans ce cas-ci, le risque associé à « tomber enceinte ») a été intégré dans une logique industrielle et scientifique de contrôle (le développement des contraceptifs oraux). Les risques sont donc maintenant produits par l’industrie. Bien que les instruments scientifiques que nous possédons pour l’instant ne nous permettent pas de le prouver hors de tout doute, les hormones provenant des contraceptifs ont pollué les eaux et la nourriture, ce qui a possiblement augmenté le taux d’infertilité de la population. Dans cette logique industrielle, la science et le développement technologique sont devenus tautologiques (tel notre blogue). Elle sont la source, la mesure et la solution des risques.

D’autant plus que j’ai accepté de prendre des hormones pour améliorer mes chances mais après coup, nous avons réalisé que les hormones participaient à me rendre infertiles.

Il n’est pas anodin qu’une prise d’hormones occasionnent des « effets secondaires » et donc d’autres complications de la santé qui requièrent à nouveau des interventions et traitements médicaux y compris des médicaments. Comme le dit Beck, dans la société capitaliste, les risques sont un réservoir de besoins sans fonds, insatiables, éternels et qui s’autoproduisent. Ajoutons à cela que ces risques génèrent des profits.

Or, tout ceci demeure tabou dans le temple sacré de la médecine. Dans notre société individualiste, la science et la technologie sont peu remises en question. C’est l’individu qui est responsable. C’est pourquoi vous vous sentez coupable de ne pas bien réagir aux traitements, de ne pas être fertile et de ne pas entrer dans les statistiques. 

Nous vous souhaitons, puisque tel est votre désir, de « réussir à être enceinte par choix ». Sachez cependant que le sentiment de culpabilité et la tyrannie de la responsabilité individuelle ne disparaîtront pas avec l’avènement de l’enfant. Au contraire, ils ne feront que croître. Il sera alors temps pour vous de consulter un article brillant, complet et doté d’une touche d’humour savoureuse intitulé« La parentalité: un travail de Sisyphe ».

Courage madame Ex-FIVette. Rappelez-vous que vous n’êtes pas seule car nous sommes fabriqués en série.

Docteures socio.

N’hésitez pas à nous suivre et à venir commenter sur notre page Facebook https://www.facebook.com/fabriquezmoienserie


[1] « Statistique Canada rapporte que le nombre de naissances chez les femmes de plus de 30 ans a connu une hausse importante au cours des trente dernières années : en 1974, les naissances chez les femmes de plus de 30 ans regroupent 20% du nombre total de naissances et en 2005,  près de 50% des naissances.  » (Châteauneuf ; 2011 ; p.65)

[2] Il est à noter que depuis août 2010 au Québec, la plupart des frais liés aux traitements de PMA sont couverts autant pour les couples hétérosexuels, homosexuels que pour les femmes seules.

[3] L’approche biomédicale est une approche scientifique de la médecine qui considère le corps humain comme relevant de la nature et pouvant se traduire par des lois et des coordonnées universels. Elle relève d’une éthiologie spécifique de la maladie : associant une cause à un maux à un traitement spécifique et universel. La principale critique adressée à ce modèle d’étude de la maladie est qu’il ne prend pas en compte les multiples déterminants de la santé autres que biologiques.

__________________________

Médiagraphie

BECK, Ulrich, La société du risque: sur la voie d’une autre modernité, Éditions Flammarion, Paris, 2003, 522p.

CHATEAUNEUF, Doris, « Projet Familial, infertilité et désir d’enfants, usage et expérience de la procréation médicalement assistée en contexte québécois », publié dans la revue Enfances, Familles, Générations, n° 15, 2011, p. 61-77

DAYAN, Jacques, TROUVÉ, Corinne, « Désir d’enfant et PMA: quelques aspects sociologiques », publié dans Revue Spirale, Éditions Eres,  2004, no. 32, p. 27-32.

TAIN, Laurence, « Le devoir d’enfant à l’ère de la médicalisation: stigmates, retournements et brèches en procréation assistée« , publiée dans la revue Genre, sexualité et société , no 1, printemps 2009. 

Site Internet de la Clinique OVO, [En ligne] http://www.cliniqueovo.com (page consultée le 08 janvier 2014)

3 comments on “Un enfant, un enfant ce n’est pas une raison pour se faire mal!

  1. Nancy dit :

    C’est tellement intéressant! Bravo pour ce texte exceptionnel sur un sujet mal connu comme celui-là… On en entend bien peu parler.

  2. Annie dit :

    J’ai vécu un avortement, une fausse-couche, une césarienne d’urgence et une césarienne planifiée… J’ai deux beaux enfants que j’adore et je suis plus que fertile et pourtant je me sens concernée par cet article touchant et lucide. Et je crie maintenant haut et fort: « SVP donnez-moi du concret.. de la magie, des prières!!!! »

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