Deux sociologues en mission dans une soirée fétichiste (Première partie : les préliminaires de la mission)

Nous introduisons, ici, une nouvelle catégorie: Deux sociologues en mission. Dans cette catégorie, nous proposons de nous rendre dans des lieux inexplorés et ce, au péril de nos vies. Nous irons, par exemple, dans une soirée de bingo, à la messe, dans un centre d’achat avec des adolescentes, au Lovers à Laval ou à tout autre endroit où nous pourrons observer l’humanité et en témoigner en tant que sociologues.

À vous de nous mettre au défi !

Vous vous demandiez qu’elle serait notre première mission de sociologues sur le terrain ?  Et bien ne languissez plus. Pour votre plus grand plaisir, nous avons relevé le défi de visiter l’univers clandestin du fétichisme.  Puisque cela fait maintenant deux semaines que nous sommes à l’écriture de cet article et que nous avons de la difficulté à limiter notre récit, nous avons décidé de vous livrer notre épopée fétichiste en trois temps.

Sachez, à titre de mise en bouche, que pour un fétichiste le désir est plus important que l’acte en soit.

Nous vous laissons donc le temps de désirer les autres parties de cet article…

Première partie: les préliminaires de la mission

Ce ne fut pas chose facile.  Nous avions des appréhensions, presque de la peur, devant cette sous-culture qui nous était encore inconnue.

crédit photo: Jessy Luke

Notre imaginaire galopant nous projetait des images de nous attachées à un mur, se faisant fouetter par un nain en G-string pendant que d’autres personnages, tous plus illicites les uns que les autres, forniquaient  au rythme du fantôme de l’opéra en utilisant des objets, ma foi, surprenants.   Peur aussi de ce qu’alter, nos vaillants lecteurs, penseraient de nous, ego.  Serions-nous associées au fétichisme, cataloguées de perverses nymphomanes finies ?  Les réactions de notre entourage, lorsque nous annoncions en avant-première le lieu de notre terrain sociologique, n’étaient guère encourageantes.  Le spectre de ces réactions pouvait osciller entre des sourires libidineux (partageons-nous le même imaginaire galopant ?),  des allusions sexuelles, des rires, des malaises palpables pouvant aller jusqu’à l’envie de participer à l’expérience pour les plus curieux (vous reconnaissez-vous?).

Lorsque nous abordons une mission sociologique, une observation non-participante ou participante, c’est selon, il faut d’abord minutieusement se préparer.  Ce que nous fîmes, pour notre plus grand soulagement.  Attention! Nous ne parlons pas ici d’acheter des costumes de cuirs, de latex, des fouets et des cordes mais de tout simplement se renseigner sur le sujet. Bon, pour ceux et celles qui tenteront l’expérience, nous confirmons ici qu’une recherche sur Google avec les mots clés « fétichisme » et « BDSM » risque de vous mener vers le meilleur du sexe SM gratuitement.

Ceci dit, notre recherche de renseignements s’est davantage orientée vers la lecture d’ouvrages sociologiques (Le fétichisme, perversion ou culture ? de Philippe Rigaut ainsi que les œuvres de David Le Breton sur les significations contemporaines du corps) et la prise de contact avec des adeptes du fétichisme que nous appellerons affectueusement et fétichistement nos Informateurs Experts (IE pour les intimes).

Ces premières démarches ont drastiquement changé notre perception du fétichisme.  

Lors d’un souper avec un IE FÉTICHISTE :

Nous (avec une voix fébrile) : « Est-ce qu’il va y avoir du monde TOUT NU ? »
IE
: « Hey les filles, le fétichisme n’est pas nécessairement sexuel et il n’y aura pas nécessairement de nudité à la soirée à laquelle vous assisterez.»

Nous devons avouer que nous venions de vivre notre premier CHOC CULTUREL. C’était le premier d’une longue série, nous permettant de nous débarrasser de nos prénotions, de notre sens commun comme le dirait Durkheim ou de notre sociologie spontanée en faisant référence ici à Bourdieu. Nous vous invitons donc à faire de même avant de poursuivre la lecture de cet article.

Répétez après-nous: LE FÉTICHISME N’EST PAS UNIQUEMENT SEXUEL.

De toute manière, notre découverte a été confirmée par ce que nous avons lu dans le bouquin de Philippe Rigaut:

« Le plaisir sadomasochiste ne relève qu’en partie de l’ordre de la jouissance sexuelle proprement dite.  Il est davantage question d’extase que d’orgasme. » (RIGAUT; 2004, p.24)

Répétez après-nous: LE FÉTICHISME N’EST PAS UNIQUEMENT SEXUEL. Il EST DAVANTAGE QUESTION D’EXTASE QUE D’ORGASMES.

Voilà qui était passablement plus clair.

Toujours est-il que nous nous apprêtions à vivre une soirée fétichiste en tant que sociologues observatrices non participantes. Nous nous demandions comment notre présence serait alors perçue. Notre IE nous a rassuré en nous informant que nous pourrions revêtir des rôles de «vanilles».

« Vanilles », voilà l’un des premiers mots du vocabulaire de la culture fétichiste auquel nous avons été initiées.  Celui-ci signifie des personnes observatrices qui ne veulent pas «jouer», c’est-à-dire participer à une scène de jeu BDSM (Le mot BDSM provient de trois acronymes: BD pour « Bondage » et Discipline, DS pour Domination et Soumission et SM pour Sado Masochisme). Notre IE nous a rassuré sur ce point: les vanilles que nous sommes seront tout à fait acceptées et respectées en tant que vanilles. 

Nous (les vanilles) : « Comment s’habille-t-on pour aller à une soirée fétichiste ? »
IE
 : «Habillez-vous chic, dans les teintes de noir, rouge, un peu genre gothique.»

(On vous laisse-donc imaginer notre habillement – pas de photo- mais dites-vous que nous étions tellement crédibles que l’une de nous deux s’est fait aborder pour prendre part à un jeu)

À venir : Nous vous présenterons, sous peu, la deuxième partie de cet article soit, notre expérience fétichiste….

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